Réaliser un chef-d’œuvre : Entendre Victor Hugo

Une histoire drôle

J’aime beaucoup cette anecdote prêtée à Toulouse-Lautrec :
Un jour où il était sur la place du Tertre, son carnet de croquis à la main, Toulouse-Lautrec remarqua un détail dans la foule et, sous les yeux admiratifs d’un touriste américain, croqua ce morceau de vie. Soucieux de soutenir cet artiste doué qu’il ne connaissait pas, le touriste lui proposa d’acheter ce dessin. Toulouse-Lautrec lui donna alors un prix qui estomaqua le généreux mécène en herbe :
– Une telle somme pour trois minutes ! s’exclama le touriste déçu.
Alors, Toulouse-Lautrec le regarda et lui dit avec un grand sourire :
– Trois minutes devant vous… mais quarante ans derrière !

Une remarque en passant

Parfois, les observateurs, ignorant les difficultés de réalisation de ce qui semble facile, ne comprennent pas le coût humain que cela représente. À notre époque où tout est offert tout de suite et sans aucun effort (ou plutôt où on fait croire que tout peut être obtenu dans l’immédiateté et au moindre coût), l’objet devient plus important que l’être humain à l’origine de cet objet. Le discours du marketeur, immédiat, imagé, facile à comprendre, supplante tout autre langage. Le faire-savoir supplante le savoir-faire.
L’artiste que je suis, aujourd’hui, a peut-être intérêt à démontrer que la réalisation d’une œuvre prend du temps, qu’elle comporte un coût (non seulement humain mais aussi financier) et qu’elle demande un savoir-faire et les compétences d’un artisan. Aussi.

Mon savoir-faire artistique

La lecture publique à haute voix

Je la pratique depuis de nombreuses années… en public. En particulier la lecture poétique puisque le premier spectacle produit par ma compagnie fut consacré à Théodore de Banville. Le suivant, La Liberté ou l’amour, était un voyage onirique dans l’œuvre de Robert Desnos. Il fut présenté en 1995 (il y a vingt ans !) lors du cinquantenaire organisé par les amis de Robert Desnos, à l’initiative de Marie-Claire Dumas.
Lors de Lire en fête, chaque année, ma compagnie, Les enfants du paradis, y participait, que ce soit à travers les littératures caribéennes, algériennes, ou sur des thématiques ou des auteurs particuliers. En 2002, nous avons présenté dix heures de lecture de La Légende des siècles à la Maison de Victor Hugo. J’avais établi un « pont » entre le département de Seine-Saint-Denis, où je vis, et où intervenait ma compagnie, et la Maison de Victor Hugo, place des Vosges, à Paris.
J’anime aussi un atelier-théâtre où une partie de l’année est consacrée à l’interprétation, pour chaque élève, de deux textes poétiques, l’un antérieur au XXème siècle, l’autre postérieur. Ce voyage intérieur permet de constater combien la poésie des siècles passés, avec ses règles de prosodie, influe sur la contemporaine. La poésie est orale avant d’être écrite. Ce n’est pas Flaubert, avec son gueuloir, qui me contredira.

Les scènes slam

J’ai découvert avec un plaisir non dissimulé ces lieux de confrontation du verbe et de l’oralité, où l’écoute et la tolérance sont la règle (peut-être pas toujours, mais passons). De ce fait, j’ai créé une scène slam à Pantin, ouverte à tous, le deuxième mercredi de chaque mois (d’octobre à juin), à partir de 20h jusqu’à 23h, 42 avenue Édouard Vaillant, métro Pantin-Aubervilliers – Quatre Chemins.

Victor Hugo

Il m’accompagne depuis toujours. J’ai tendance à dire, parodiant Desnos, qu’outre ce dernier, Victor Hugo est l’auteur qui me construit.
J’ai beaucoup voyagé dans son œuvre poétique, la lisant, la faisant lire. Dans le cadre de mon atelier, dans le cadre du travail sur un texte poétique, je le propose souvent. Réaliser un chef-d’œuvre en m’appuyant sur sa poésie devenait, dès lors, une évidence.

Artiste / artisan

Internet en préambule

La tentation internet me titille depuis des années sous forme de copains me disant que c’est la moindre des choses que de se montrer quand on est artiste… mais se montrer pour se montrer est tant pratiqué aujourd’hui que je ne pouvais me résoudre à le faire tant que je n’avais pas une vraie raison.

La réalisation d’un chef-d’œuvre

Je vois déjà le sourcil de certains lecteurs se soulever : quelle prétention ! Parler de la réalisation d’un chef-d’œuvre !
Eh bien, oui, j’ai cette prétention et tout ouvrier de la vie, tout artisan de son destin devrait brûler de réaliser son chef-d’œuvre.
Pourquoi ?
Parce que cette tradition, que devait respecter autrefois l’artisan sur son chemin de vie s’est perdue et que c’est regrettable.
Ou plutôt, elle existe toujours, mais qui connaît les Compagnons du devoir ? Ils recouvrent pourtant près de trente corps de métiers, au sein du bâtiment, de l’industrie, du goût et des matériaux souples.

Petit rappel

Autrefois, pour entrer dans une corporation, tout apprenti-artisan devait réaliser une œuvre capitale et difficile (…) pour recevoir la maîtrise dans sa corporation. (Source : Le Petit Robert 2013)

Une révolution : les nouvelles technologies

J’y reviens et ce n’est pas un scoop : Les nouvelles technologies, dont internet est la partie visible de l’iceberg, offrent un champ virtuel à des réalisations encore impossibles il y a quelques années, ne serait-ce qu’en terme de coût. Là où il fallait des camions ou un studio, un simple boitier porté à la ceinture, ou un ordinateur posé sur un coin de table permettent la réalisation et le montage d’un film.
Je suis loin de ça et beaucoup plus modeste. Je me suis émerveillé quand j’ai découvert qu’il y avait une fonction micro sur mon ordinateur, et enregistrer ma voix pour la diffuser ensuite m’a semblé le comble de l’évolution de la civilisation.
La découverte des langages html (la sémantique) et css (l’apparence) m’ont définitivement donné le goût du web et le désir d’y déposer mon grain de sel. C’est ainsi qu’après une première expérience ce site est né. Après tout, il était bon que je dépose ma trombine et mon parcours dans l’océan du web.

Nous sommes nombreux et en prenons conscience

Retour vers le passé

Tant que je vivais dans ma Normandie natale et que franchir le cours d’eau qui bordait le village était réservé aux audacieux, tout était simple. Mon rival, pour conquérir le cœur de la belle Angélique, était Gustave, le fils du métayer, et il avait une grosse verrue sur le nez…
Aujourd’hui où, au cœur-même de mon petit hameau, Gustave, un adepte de Photoshop, séduit toutes les filles à travers le monde… Je ne sais plus que faire, d’autant que tous les Gustave se sont multipliés et utilisent les réseaux sociaux (où je ne vais qu’à reculons) pour exister et se montrer. Et même Isabelle, la fille du vacher, qui était poissonnière jusqu’à sa reconversion, a des milliers d’amis : elle met les photos de superbes créatures (qu’elle aimerait être et qui la font rêver) et attirent ainsi tous les mecs comme les mouches sur le miel.

Un océan sillonné par des millions de frêles esquifs

Nous sommes nombreux à naviguer sur internet et à tenter, par nos multiples signaux de fumée, de nous faire repérer par les autres voyageurs du web. La période que nous traversons est complexe (mais quelle période de l’histoire ne l’a pas été ?) parce que chacun désire être reconnu et visible, pour quelque raison que ce soit. Nous sommes des millions. C’est énorme. C’est à la fois une force et une faiblesse. Une force parce cela engendre une richesse d’expression diffusée à grande échelle, où chacun tente, par l’écriture d’exprimer le monde qu’il porte en lui. Une faiblesse parce que ce nombre, de ce fait, contient aussi des quantités de brouillons jetés au hasard comme autant de bouteilles à la mer, parfois sans raison autre qu’un ego surdimensionné.

Une solution, les réseaux sociaux ?

Je n’ai pas encore de réponse. Même s’il est clair que ces réseaux permettent de toucher un public plus large, les rivalités d’ego y sont parfois très étranges. D’autre part, ces réseaux sont particulièrement chronophages. Le « Faire savoir » y prend le pas sur le « Savoir faire » et les effets d’annonce y règnent quasi sans partage. De ce côté, j’observe et publie mes travaux, sans avoir conscience de leur impact.

Le site Entendre Victor Hugo

Un poème par jour pendant un an

Le site Entendre Victor Hugo est né le 17 août 2014, il y a un peu plus d’un mois.
Chaque jour, je publie un poème de Victor Hugo, sous la forme d’un enregistrement original, du texte de référence, d’une référence à la collection Bouquins (qui comporte parfois des coquilles corrigées dans le texte de référence), et j’associe comme image (car chaque article publié sur internet se doit d’être associé à une image…) un détail d’un dessin de Victor Hugo. Pourquoi un détail ? Parce que je souhaite que le voyageur du web profite de sa découverte (tout le monde ne sait pas que Victor Hugo était aussi un graphiste génial qui a influencé nombre d’artistes du XXème siècle).

Un détail d’un dessin de Victor Hugo

Dans un site consacré à la poésie de Victor Hugo, où le voyageur du web peut écouter, il m’a paru évident que l’image associée devait être de Victor Hugo. Tout le monde sait quel immense auteur il fut, mais tout le monde ne connait pas l’inventivité et la modernité de ses dessins.

Les références du texte enregistré

J’ai pris comme base les quatre volumes des Œuvres complètes de Victor Hugo, de la collection Bouquins chez Robert Laffont. J’indique donc le tome concerné, et la page du poème publié.
Quand Arnaud Laster repère une coquille, il me l’indique.

L’enregistrement

Chaque enregistrement est réalisé du début à la fin, sans montage audio. Il s’agit à la fois d’un choix et d’une contrainte. J’enregistre de cette manière sur le blog Incarner les mots.
Je ne rajoute pas de musique ou de bruitage. La voix est seule avec le texte. La poésie est musique, elle se suffit à elle-même. J’utilise pour l’instant un micro casque Senheiser qui m’a été recommandé. L’objectif étant de parvenir à une qualité optimale, toute amélioration technique sera bienvenue. Entre mes premiers poèmes enregistrés ici (sur ce blog), en direct sur mon ordinateur, accompagnés, et pour cause, d’un bruit de fond, et les derniers, je crois que le changement est audible.

Le texte

Je dois faire un aveu, je ne recopie pas tout le texte mot à mot (je laisserais sans doute trop de coquilles), je le copie/colle sur un site de poésie, très souvent Wikisource, puis je corrige en comparant avec la version de Bouquins. Enfin, Arnaud Laster me signale les coquilles oubliées. Un énorme travail a déjà été réalisé sur la toile. Il s’agit de s’en inspirer pour aller plus loin.

La structure du site

Trois grandes périodes

La vie de Victor Hugo a été marquée par l’exil. Le site Entendre Victor Hugo est donc subdivisé en trois grandes périodes :

  • Avant l’exil ;
  • Pendant l’exil ;
  • Après l’exil.

Pour chacune de ces périodes, Arnaud Laster a rédigé un article de présentation. J’ai associé, comme images, des portraits de Victor Hugo réalisés dans les périodes concernées.

Les œuvres publiées

Les œuvres publiées dans les périodes présentées précédemment ont été classées dans ces périodes.
L’article de présentation de chaque œuvre est de la plume d’Arnaud Laster, souvent extrait de son Pleins feux sur Victor Hugo, publié en 1981 par la Comédie-Française.
Les images associées sont les illustrations associées aux œuvres publiées dans l’édition complète de la Librairie Paul Ollendorff.
À l’heure où j’écris ces lignes, toutes les présentations d’œuvres ont été mises en ligne, y compris ses œuvres posthumes. À chacune est associé au moins un poème.

Une autre subdivision

Certaines œuvres, telles que Les Contemplations, sont divisées, non seulement en deux parties, Autrefois et Aujourd’hui, mais aussi en six livres. Peut-être serais-je amené à rajouter ces subdivisions (avec une page de présentation associée) dans l’arborescence du site. Elle sont déjà indiquées.

Les poèmes publiés

Ils sont la raison d’être du site, son cœur battant. Chaque jour, un nouveau apparaît, parfois au hasard des rencontres, parfois en fonction de la ligne tenue depuis le début.

Conclusion

Sur le site Entendre Victor Hugo, je souhaite donner à écouter sa poésie dans une interprétation personnelle, mais aussi donner à lire ses textes, avec l’exigence d’un éditeur. J’ai la chance d’avoir rencontré Arnaud et Danièle Casiglia Laster, deux universitaires amoureux du théâtre, et qui ont accepté de contrôler ces publications. Si des webmasters veulent m’aider pour la réalisation technique du site, je suis tout à leur écoute. Je ne demande qu’à me perfectionner dans tous les domaines abordés avec ce site.

Victor Hugo

Victor Hugo est le plus grand poète français. Comme Shakespeare est le plus grand poète anglais.
Je serais tenté de dire qu’il est plus grand car il a touché presque tous les arts de son génie, à la différence de Shakespeare.
Pourtant, Hugo est souvent considéré avec condescendance par nos prétendues élites.
Il est tout de même incroyable qu’en 2014, 129 ans après sa disparition, toute son œuvre n’ait pas été diffusée.
Mes deux filles, enregistré pour ce blog (Pierre-François Kettler | Incarner les mots), est un de mes poèmes préférés. Je l’ai placé ici, en boucle : il se poursuivra tant que vous ne l’interromprez pas.

Et le chef d’œuvre ?

Il va se construire, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois. Il y a l’aspect artistique, que je « maîtrise », et il y a aussi tout l’aspect technique, que je découvre pas à pas. J’ai déjà quelques notions (html, css) mais je ne domine pas ce gigantesque meccano qu’est l’outil WordPress. Facile à prendre en main, il est complexe à maîtriser, entre autre parce qu’il est réalisé et amélioré par de nombreux cerveaux à travers le monde.
Je n’en suis qu’au tout début. J’ai déjà investi financièrement dans cette réalisation parce que je désirais un thème de qualité, parce que je voulais que le micro d’enregistrement soit excellent, parce qu’il me fallait un ordinateur plus puissant et un écran plus large. Je ferai sûrement appel à la solidarité des amoureux de Victor Hugo pour m’aider dans cette entreprise. En particulier pour que ce travail soit rétribué. Il me faudra aussi travailler en ce domaine. J’ai une année devant moi. Merci d’accompagner cette aventure.

Pierre-François

Pierre-François Kettler est le croisement sanguin et vraisemblablement contaminé de l'heroïc fantasy, de Victor Hugo, du Code noir, du théâtre, de Robert Desnos, du jeu et de la poésie. L’enfance et l’adolescence, à Chambéry, lui ont fait découvrir un corps qu'il détestait copieusement et un imaginaire où il se réfugiait voluptueusement. Son "service national" au Rwanda l'a ouvert sur le monde. Le théâtre l'a fait vivre et l'a réconcilié avec son corps dans cet espace si complexe. Depuis 2005, il harmonise sa chair et ses rêves en les écrivant.

10 commentaires

  1. Bonsoir à vous, Pierre-François !
    Je vous lis à l’instant, et je suis, tout d’abord, ravie de voir un poète écrivain passionné par son art; qui le défend fermement et qui affirme et renouvelle son admiration pour le grand Victor Hugo!
    J’apprécie aussi la lecture de « Mes deux filles ».
    Je vous remercie, enfin, d’avoir partagé votre BEAU projet ici, et espère vous suivre!!
    Excellente soirée à vous,
    Rita.

  2. Ping :Le Lac – Méditations poétiques – Alphonse de Lamartine

  3. Ping :Si... – Rudyard Kipling - Pierre-François Kettler

  4. Ping :Art poétique - Jadis et Naguère - Paul Verlaine

  5. Ping :À mi-parcours d'un chef-d’œuvre... - Pierre-François Kettler

  6. Je viens de découvrir votre chef d’oeuvre. J’emploie ce mot en toute sincérité et en toute connaissance de cause. Merci infiniment de nous offrir ces merveilles. J’en suis émue jusqu’au frisson. Quel bonheur je vais avoir à vous faire découvrir à ceux que j’aime .

  7. MME DAVID Dominique

    Merci Pierre-François de me refaire revivre ces instants merveilleux d’un si grand poète que j’aime dans ces lectures vivantes et si bien exprimées amitiés Domi

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *