À mi-parcours d’un chef-d’œuvre…

La notion de chef d’œuvre

Je me suis inspiré des compagnons du devoir et de ce voyage initiatique à travers la France qu’effectue tout compagnon pendant une année.
Pour ma part, ce voyage se fait dans l’œuvre poétique de Victor Hugo. Chaque jour, je fais une halte et j’enregistre le poème qui m’interpelle.
J’ai présenté dans un article, Réaliser un chef-d’œuvre : Entendre Victor Hugo, pourquoi j’avais entrepris ce parcours. À mi-chemin, je me dois de faire le point et m’adresser au lecteur de passage sur la toile, à l’auditeur intéressé par l’œuvre de Victor Hugo, pour lui demander son avis.
Comme lors de chaque présentation sur ce site-blog, je vais offrir la lecture d’un texte. Il sera de Victor Hugo. Nécessairement.

Un poème chaque jour

L’un des principes de cette réalisation est l’enregistrement et la mise en ligne d’un poème de Victor Hugo chaque jour, pendant un an.

Pourquoi ?

Je réalise ce site, Entendre Victor Hugo, parallèlement à ma vie d’artiste. Il m’occupe au minimum une heure par jour. Pour l’instant, il m’a coûté plus qu’il ne m’a rapporté. Mais je veux réaliser un chef-d’œuvre, c’est-à-dire une œuvre, une réalisation exceptionnelle.
J’ai fait le choix de l’apport au détriment du rapport.
J’ai choisi d’apporter sans me préoccuper de ce que cela pouvait me rapporter. À la différence de la plupart des sites créés dans ce seul objectif de rapport.
Je pense aussi qu’il y a, à l’heure actuelle, une guerre de la pensée, et que la profusion de l’expression du vide ne le rend pas dense pour autant.
J’ai créé ce site pour apporter ma pierre à notre patrimoine universel, pour partager ce que je sais faire (dire un texte avec précision et sensibilité) parce que c’est mon métier, et parce que la pensée de Victor Hugo, et son expression, m’est nécessaire, et que je suis convaincu qu’elle est fondamentale pour l’humanité.

Comment ?

Chaque jour, je mets en ligne un texte de l’œuvre poétique de Victor Hugo.
Qu’est-ce que cela signifie, concrètement ?

Un choix de texte

Je dois d’abord trouver un texte. Je le choisis en écho à mon ressenti de l’instant, du présent. Il est à l’écoute du monde et de moi-même, en résonance avec ce monde, notre monde, celui dans lequel nous vivons ici et maintenant. Et je suis chaque jour étonné de la modernité de la pensée de Victor Hugo.

Le choix d’une image

Vous l’aurez sans doute remarqué, à chaque poème est associé une représentation d’un détail d’un dessin de Victor Hugo.
Je voulais profiter de ce qui est pour moi une contrainte, à savoir l’obligation d’associer à chaque texte (ce que les régulateurs et usagers d’internet appellent le contenu) une image, en mettant en valeur l’art graphique de Victor Hugo. Il est connu comme auteur de romans, de poésie, de théâtre, on sait qu’il a aussi été un homme politique, mais rares sont ceux qui ont pu voir son œuvre picturale, ses dessins. Or, cette œuvre, comme l’ensemble de tout ce qu’il a pu réaliser, a ouvert de nouvelles voies dans l’Art.

L’enregistrement

C’est mon domaine, la partie qui est liée à mon métier. Je sais interpréter un texte, de façon qu’il soit audible et sensible à un auditeur.
Je me suis donné comme contrainte de réaliser chaque enregistrement en direct, et sans apporter la moindre correction par un quelconque montage.
Il va sans dire qu’un texte de 30 minutes me demande plus de temps de préparation, de réalisation et de vérification qu’un texte de 30 secondes.

Le temps

Quelle que soit la longueur du texte, entre le choix de l’image, sa prise de vue, son traitement avec le logiciel Photofiltre, l’enregistrement, avec le passage au format mp3 (via Freemake Audio Converter) puis la mise en ligne via Filezilla, la rédaction du texte lui-même, en puisant sur internet, et wikisource est la meilleure… source (même si elle comporte de nombreuses erreurs) que j’aie trouvée, la relecture, en comparant avec mon ouvrage de référence (Les Œuvres complètes de Victor Hugo de la collection Bouquins), l’échange avec Arnaud Laster (spécialiste universitaire et président des Amis de Victor Hugo) qui vérifie à son tour que ne s’est pas glissée la moindre coquille dans le texte publié, l’addition de tous ces instants représente au moins une heure par jour… quand ce n’est pas cinq ou six.

Qui ?

Je tiens tout particulièrement à remercier ici Arnaud Laster, président de la Société des amis de Victor Hugo, pour son soutien sans faille, sa lecture et son écoute quotidienne. Sa connaissance de l’œuvre et du poète me facilite grandement la tâche et me permet d’offrir des textes de référence (car des coquilles, dans Bouquins, même si cette édition est de référence, il y en a).

Quelques événements

Le 7 janvier 2015 a provoqué un choc symbolique dans le monde. Victor Hugo a écrit un poème, Le vieil esprit de nuit… qui m’a été suggéré par Danièle Gasiglia-Laster, que j’ai aussitôt mis en ligne. Le lendemain est paru Le bout de l’oreille, réponse plus développée à la barbarie.
Le 1er janvier, j’ai mis en ligne le texte 1er Janvier sur les conseils d’Arnaud Laster. Là encore, quelle puissance visionnaire ! Souhaitons que cette année 2015 ne soit pas un écho à cette Année terrible de Victor Hugo.
Chaque matin, la plupart du temps, je suis dans l’ignorance du texte que je vais publier. Je m’impose parfois des œuvres, en fonction de mon désir d’approfondir l’une ou l’autre (en ce moment, par exemple, j’ai décidé de me concentrer sur Les Contemplations), mais je fais en sorte d’être en harmonie avec le texte lu et publié.

Un texte de Victor Hugo

Une fois n’est pas coutume, le texte que j’ai choisi aujourd’hui n’est pas un poème. Il est de Victor Hugo (tout de même !) et extrait des Proses philosophiques. Dans la collection Bouquins des Oeuvres complètes de Victor Hugo, vous pouvez le retrouver dans le tome Critique, à la page 508.

Soyons les serviteurs de l’Humanité ; n’en soyons pas les prêtres. Lumière, oui ; Encens, non. On n’arrive pas même à moitié chemin si l’on s’arrête à l’homme. C’est un mauvais sacerdoce que celui qui ne va pas à Dieu.

La grande chose de la démocratie, c’est la solidarité.

La solidarité est au delà de la fraternité ; la fraternité n’est qu’une idée humaine, la solidarité est une idée universelle ; universelle, c’est-à-dire divine ; et c’est là, c’est à ce point culminant que le glorieux instinct démocratique est allé. Il a dépassé la fraternité pour arriver à l’adhérence. Adhérence avec quoi ? avec Pan ; avec Tout. Car le propre de la solidarité, c’est de ne point admettre d’exclusion. Si la solidarité est vraie, elle est nécessairement générale. Toute vérité est une lueur de l’absolu.

Rien n’est solitaire, tout est solidaire.

L’homme est solidaire avec la planète, la planète est solidaire avec le soleil, le soleil est solidaire avec l’étoile, l’étoile est solidaire avec la nébuleuse, la nébuleuse, groupe stellaire, est solidaire avec l’infini. Ôtez un terme de cette formule, le polynôme se désorganise, l’équation chancelle, la création n’a plus de sens dans le cosmos et la démocratie n’a plus de sens sur la terre. Donc, solidarité de tout avec tout, et de chacun avec chaque chose. La solidarité des hommes est le corollaire invincible de la solidarité des univers. Le lien démocratique est de même nature que le rayon solaire.

Pierre-François

Pierre-François Kettler est le croisement sanguin et vraisemblablement contaminé de l'heroïc fantasy, de Victor Hugo, du Code noir, du théâtre, de Robert Desnos, du jeu et de la poésie. L’enfance et l’adolescence, à Chambéry, lui ont fait découvrir un corps qu'il détestait copieusement et un imaginaire où il se réfugiait voluptueusement. Son "service national" au Rwanda l'a ouvert sur le monde. Le théâtre l'a fait vivre et l'a réconcilié avec son corps dans cet espace si complexe. Depuis 2005, il harmonise sa chair et ses rêves en les écrivant.

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