ÉpitapheLes Amours jaunes – Tristan Corbière

Épitaphe, de Tristan Corbière

Ce poème, Épitaphe, m’a été proposé aujourd’hui 23 août 2014, via twitter. Tristan Corbière appartient à l’Enfer des poètes maudits. Un peu comme Aloysius Bertrand ou, dans une moindre mesure, Lautréamont. Dans une moindre mesure car il a été révélé au grand jour grâce aux surréalistes.
Consacrant chaque jour à celui que j’estime le plus grand des poètes français, je veux dire Victor Hugo, je suis plutôt content de faire entendre d’autres poètes.
J’ai un peu cherché sur la toile et j’ai découvert le site Un jour un poème. Ils ont une pleine page consacrée à Tristan Corbière. Pour en savoir plus sur lui, je vous invite à leur rendre une petite visite sur la page indiquée : vous pourrez consulter sa poésie en ligne. Vous pouvez aussi vous rendre chez un libraire ou dans une bibliothèque et y lire son œuvre. Elle est répertoriée, par exemple, dans la collection Bouquins, chez Robert Laffont, dans l’ouvrage Oeuvres poétiques complètes : Rimbaud, Cros, Corbière, Lautréamont. Épitaphe y est référencé à la page 396.

Épitaphe – L’enregistrement

Je vous propose d’entendre Épitaphe, un poème de Tristan Corbière.
L’enregistrement, réalisé avec un micro de qualité, a transformé un fichier son afin qu’il puisse être glissé, via Filezilla, sur la toile.
Il vous faut placer la flèche de votre souris (ô paradoxe !) sur celle située ci-dessous pour entendre ce poème du recueil Les amours jaunes.

Épitaphe

Épitaphe – Le texte

Le texte Épitaphe, de Tristan Corbière, est tiré du recueil Les Amours jaunes.

Épitaphe

Sauf les amoureux commençans
ou finis qui veulent commencer par
la fin il y a tant de choses qui
finissent par le commencement que
le commencement commence à finir
par être la fin la fin en sera que les
amoureux et autres finiront par
commencer à recommencer par ce
commencement qui aura fini par
n’être que la fin retournée ce qui
commencera par être égal à l’éter-
nité qui n’a ni fin ni commencement
et finira par être aussi finalement
égal à la rotation de la terre où
l’on aura fini par ne distinguer plus
où commence la fin d’où finit le
commencement ce qui est toute fin
de tout commencement égale à tout
commencement de toute fin ce qui
est le commencement final de l’in-
fini défini par l’indéfini — Égale
une épitaphe égale une préface et
réciproquement.

Sagesse des nations.

Il se tua d’ardeur, ou mourut de paresse.
S’il vit, c’est par oubli ; voici ce qu’il se laisse :

— Son seul regret fut de n’être pas sa maîtresse. —

Il ne naquit par aucun bout,
Fut toujours poussé vent-de-bout,
Et fut un arlequin-ragoût,
Mélange adultère de tout.

Du je-ne-sais-quoi. — Mais ne sachant où ;
De l’or, — mais avec pas le sou ;
Des nerfs, — sans nerf. Vigueur sans force ;
De l’élan, — avec une entorse ;
De l’âme, — et pas de violon ;
De l’amour, — mais pire étalon.
— Trop de noms pour avoir un nom. —

Coureur d’idéal, — sans idée ;
Rime riche, — et jamais rimée ;
Sans avoir été, — revenu ;
Se retrouvant partout perdu.

Poète, en dépit de ses vers ;
Artiste sans art, — à l’envers,
Philosophe, — à tort à travers.

Un drôle sérieux, — pas drôle.
Acteur, il ne sut pas son rôle ;
Peintre : il jouait de la musette ;
Et musicien : de la palette.

Une tête ! — mais pas de tête ;
Trop fou pour savoir être bête ;
Prenant pour un trait le mot très.
— Ses vers faux furent ses seuls vrais.

Oiseau rare — et de pacotille ;
Très mâle … et quelquefois très fille ;
Capable de tout, — bon à rien ;
Gâchant bien le mal, mal le bien.
Prodigue comme était l’enfant
Du Testament, — sans testament.
Brave, et souvent, par peur du plat,
Mettant ses deux pieds dans le plat.

Coloriste enragé, — mais blême ;
Incompris… — surtout de lui-même ;
Il pleura, chanta juste faux ;
— Et fut un défaut sans défauts.

Ne fut quelqu’un, ni quelque chose
Son naturel était la pose.
Pas poseur, — posant pour l’unique ;
Trop naïf, étant trop cynique ;
Ne croyant à rien, croyant tout.
— Son goût était dans le dégoût.

Trop crû, — parce qu’il fut trop cuit,
Ressemblant à rien moins qu’à lui,
Il s’amusa de son ennui,
Jusqu’à s’en réveiller la nuit.
Flâneur au large, — à la dérive,
Épave qui jamais n’arrive….

Trop Soi pour se pouvoir souffrir,
L’esprit à sec et la tête ivre,
Fini, mais ne sachant finir,
Il mourut en s’attendant vivre
Et vécut, s’attendant mourir.

Ci-gît, — cœur sans cœur, mal planté,
Trop réussi — comme raté.

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Pierre-François

Pierre-François Kettler est le croisement sanguin et vraisemblablement contaminé de l'heroïc fantasy, de Victor Hugo, du Code noir, du théâtre, de Robert Desnos, du jeu et de la poésie. L’enfance et l’adolescence, à Chambéry, lui ont fait découvrir un corps qu'il détestait copieusement et un imaginaire où il se réfugiait voluptueusement. Son "service national" au Rwanda l'a ouvert sur le monde. Le théâtre l'a fait vivre et l'a réconcilié avec son corps dans cet espace si complexe. Depuis 2005, il harmonise sa chair et ses rêves en les écrivant.

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