Les Neuf portes de ton corps – Guillaume Apollinaire

Les Neuf portes de ton corps

Guillaume Apollinaire ne pouvait pas ne pas être dit ici. Cette œuvre, Les neuf portes de ton corps, m’a été demandé par une auditrice. Elle m’a plu. Je ne pouvais refuser. Je ne connaissais pas ce texte avant qu’elle ne me l’évoque. Cependant, je n’ai pu trouver d’autre référence que sur la toile, sur un site consacré à la poésie érotique, et qui m’a semblé le plus sérieux, en toute subjectivité personnelle. Il serait issu de l’ouvrage Poèmes à Madeleine. Je vais donc faire appel à vos connaissances, ami qui passez par ici, afin de préciser les références (ouvrage, éditeur, page).

Précisions apportées (30 05 14)

Merci à l’auditrice qui m’a fait parvenir cette référence : Apollinaire,Œuvres poétiques, Bibliothèque de la Pléiade, Poèmes à MadeleineLes neuf portes de ton corps, (21.09.1915) p619, 620/621.
Elle ajoute la précision suivante : Il avait d’ailleurs écrit peu de temps auparavant (13.05.2015) un poème sur le même thème (des neufs portes) à Lou. Il s’intitule En allant chercher des obus et figure en pages 459, 460, 461 et 462 dans la Pléiade.
Une autre me donne cette autre référence : Guillaume Apollinaire, Lettres à Madeleine, Les neuf portes de ton corps, édition revue et augmentée par Laurence Campa, Éditions Gallimard 2005. Madeleine, professeure de Lettres, qu’il rencontre dans un train.
Merci à toutes deux !

Les Neuf portes de ton corps – L’enregistrement

Je vous convie à écouter Les Neuf portes de ton corps, poème de Guillaume Apollinaire.
Je l’ai glissé dans mon ordinateur qui a eu la délicatesse de l’enregistrer. Il vous suffit maintenant de cliquer ci-dessous pour l’écouter.

Les Neuf portes de ton corps

Les Neuf portes de ton corps – Le texte

Le texte Les Neuf portes de ton corps, de Guillaume Apollinaire m’a été proposé par un auditeur ; il est cité ci-dessous.

Les Neuf portes de ton corps

Ce poème est pour toi seule Madeleine
Il est un des premiers poèmes de notre désir
Il est notre premier poème secret ô toi que j’aime
Le jour est doux et la guerre est si douce
S’il fallait en mourir

Tu l’ignores ma vierge à ton corps sont neuf portes
J’en connais sept et deux me sont celées
J’en ai pris quatre j’y suis entré n’espère plus que j’en sorte
Car je suis entré en toi par tes yeux étoilés
Et par tes oreilles avec les Paroles que je commande et qui sont mon escorte

Œil droit de mon amour première porte de mon amour
Elle avait baissé le rideau de sa paupière
Tes cils étaient rangés devant comme les soldats noirs peints sur un vase grec paupière rideau lourd
De velours
Qui cachait ton regard clair
Et lourd
Pareil à notre amour

Œil gauche de mon amour deuxième porte de mon amour
Pareille à son amie et chaste et lourde d’amour ainsi que lui
O porte qui mènes à ton cœur mon image et mon sourire qui luit
Comme une étoile pareille à tes yeux que j’adore
Double porte de ton regard je t’adore

Oreille droite de mon amour troisième porte
C’est en te prenant que j’arrivai à ouvrir entièrement les deux premières portes
Oreille porte de ma voix qui t’a persuadée
Je t’aime toi qui donnas un sens à l’Image grâce à l’Idée

Et toi aussi oreille gauche toi qui des portes de mon amour est la quatrième
O vous les oreilles de mon amour je vous bénis
Portes qui vous ouvrîtes à ma voix
Comme les roses s’ouvrent aux caresses du printemps
C’est par vous que ma voix et mon ordre
Pénètrent dans le corps entier de Madeleine
J’y entre homme tout entier et aussi tout entier poème
Poème de son désir qui fait que moi aussi je m’aime

Narine gauche de mon amour cinquième porte de mon amour et de nos désirs
J’entrerai par là dans le corps de mon amour
J’y entrerai subtil avec mon odeur d’homme
L’odeur de mon désir
L’âcre parfum viril qui enivrera Madeleine

Narine droite sixième porte de mon amour et de notre volupté
Toi qui sentiras comme ta voisine l’odeur de mon plaisir
Et notre odeur mêlée plus forte et plus exquise qu’un printemps en fleurs
Double porte des narines je t’adore toi qui promets tant de plaisirs subtils
Puisés dans l’art des fumées et des fumets

Bouche de Madeleine septième porte de mon amour
Je vous aie vue ô porte rouge gouffre de mon désir
Et les soldats qui s’y tiennent morts d’amour m’ont crié qu’ils se rendent
O porte rouge et tendre
O Madeleine il est deux portes encore
Que je ne connais pas
Deux portes de ton corps
Mystérieuses

Huitième porte de la grande beauté de mon amour
O mon ignorance semblable à des soldats aveugles parmi les chevaux de frise sous la lune
liquide des Flandres à l’agonie
Ou plutôt comme un explorateur qui meurt de faim de soif et d’amour dans une forêt vierge
Plus sombre que l’Érèbe
Plus sacrée que celle de Dodone
Et qui devine une source plus fraîche que Castalie
Mais mon amour y trouverait un temple
Et après avoir ensanglanté le parvis sur qui veille le charmant monstre de l’innocence
J’y découvrirais et ferais jaillir le plus chaud geyser du monde
O mon amour ma Madeleine
Je suis déjà le maître de la huitième porte

Et toi neuvième porte plus mystérieuse encore
Qui t’ouvres entre deux montagnes de perles
Toi plus mystérieuse encore que les autres
Porte des sortilèges dont on n’ose point parler
Tu m’appartiens aussi
Suprême porte
À moi qui porte
La clef suprême des neuf portes

O portes ouvrez-vous à ma voix
Je suis le maître de la Clef

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Pierre-François

Pierre-François Kettler est le croisement sanguin et vraisemblablement contaminé de l'heroïc fantasy, de Victor Hugo, du Code noir, du théâtre, de Robert Desnos, du jeu et de la poésie. L’enfance et l’adolescence, à Chambéry, lui ont fait découvrir un corps qu'il détestait copieusement et un imaginaire où il se réfugiait voluptueusement. Son "service national" au Rwanda l'a ouvert sur le monde. Le théâtre l'a fait vivre et l'a réconcilié avec son corps dans cet espace si complexe. Depuis 2005, il harmonise sa chair et ses rêves en les écrivant.

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